Article co-rédigé avec Eloïse Auffret-Novice

Source : www.stiftung-ettersberg.de

« Avoir le sens de l’orientation » et se repérer dans un lieu inconnu n’est pas chose évidente pour tout le monde. La signalétique et les plans d’orientation sont des outils d’aide à l’orientation. Mais sont-ils compris par tous ?

 

1. Contexte et conception universelle

 

La réglementation et la signalétique

La loi du 11 février 2005 “pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées” prend en compte la question d’orientation afin de permettre à l’usager une meilleure autonomie dans ses déplacements.

Lisibilité, visibilité et compréhension sont les grandes thématiques concernant la signalétique d’orientation. Au delà des normes, une signalétique lisible et efficace est utile à tous et participe à un meilleur confort d’usage.

 

Qu’est ce que la conception universelle ?

La conception universelle est défini par l’article 2 de la convention de l’ONU relative aux droits des personnes handicapées, comme «conception de produits, d’équipements, de programmes et de services qui puissent être utilisés par tous, dans toute la mesure possible, sans nécessiter ni adaptation ni conception spéciale».
Ce principe a toute sa place dans la conception d’un plan d’orientation. Cela implique une réelle réflexion sur le choix des couleurs (personnes malvoyantes, daltonisme…), des typographies, des éléments de repères, de la perspective, des éléments en relief…

 

Les utilisateurs à besoins spécifiques

Beaucoup de plans d’orientation, avec la représentation conventionnelle que nous faisons de l’espace, ne sont pas compris par tous les utilisateurs. Les personnes de langues et de cultures étrangères n’ont pas les mêmes repères linguistiques ou spatiaux. Les personnes déficientes intellectuelles peuvent avoir des difficultés à se représenter l’espace. La lecture d’un plan en vue de haut peut s’avérer compliquée. Les personnes âgées peuvent cumuler différents handicaps comme une baisse de la vue, une difficulté à se repérer et s’orienter…

 

2. Se repérer sur un plan

 

“Vous êtes ici”

Combien de fois avez-vous regardé un plan sur lequel le “Vous êtes ici” ne figurait pas ? Il est alors bien difficile de s’orienter lorsqu’on ne sait pas où l’on se trouve ! Amis graphistes, concepteurs et designers, ne l’oubliez pas ! Votre plan perdrait tout son sens.
Ce marqueur peut prendre différentes formes : cercle, point, flèche, étoile… Souvent de couleur rouge, celle-ci permet d’attirer le regard et d’obtenir un bon contraste.

 

Signalétique exemple d'un plan avec "You are here"

 Source : smashingmagazine.com

 

Le plan en 2D ou en perspective : Qu’en est-il de sa compréhension ?

Concevoir un plan pour des personnes déficientes intellectuelles, dyspraxiques ou ayant des difficultés cognitives est un vrai challenge. Ces personnes ayant des difficultés de repérage et de mémorisation, il convient d’être très précis lors de la conception d’un plan qu’il soit en 2D ou en perspective. Cette dernière version est intéressante mais semble plus adaptée au sein d’un bâtiment qu’à l’échelle d’une ville. En effet, le plan en perspective a l’avantage de se rapprocher de la réalité. Cependant, cela implique d’avoir beaucoup d’éléments à inclure avec le risque que cela devienne incompréhensible pour un plan urbain.

Pour une version 2D, le format doit être épuré : les noms des rues doivent être clairement lisibles et les sites importants visibles et identifiables.

Exemple Plan de Chamonix

Exemple Plan de Chauvigny

Balaruc les Bains est la première ville en France à s’être lancée dans la réalisation d’un plan en Facile à Lire et à Comprendre (FALC) au format 2D. Après de multiples tests en atelier et in situ avec différents groupes de testeurs, le choix s’est porté sur l’association pictogrammes / photographies :

  • des pictogrammes pour identifier l’activité principale du site touristique (musée, jardin..)
  • des photographies pour reconnaître visuellement le site.

L’usage à long terme permettra de faire évoluer le plan selon les retours d’expérience.

Utilisation de pictogrammes, de visuels et fléchage

Des repères clairs, facilement identifiables et compréhensibles rapidement sont nécessaires pour permettre à l’usager de s’orienter et éviter tout stress.

L’exemple du métro Toulousain Tisséo est à mettre en avant : afin de permettre un meilleur repérage, des dessins simples ont été conçus pour chacune des stations avec pour objectif de faciliter les déplacements de l’ensemble des voyageurs. Ainsi la station «Bellefontaine » a été associée à une fontaine stylisée tandis que la station «Mermoz » est symbolisée par un avion pour faire référence à l’aviateur Jean Mermoz.

Source : actu.fr

Une autre méthode intéressante est celle de Nantes. A l’été 2017, la ville a placé des oeuvres d’artistes contemporains sur l’ensemble de la cité. Une ligne verte au sol guidait le passant d’une oeuvre à l’autre. Cette idée de fil d’Ariane, ponctué par des arrêts identifiés, pourrait être reprise dans un cadre touristique et offrir ainsi un chemin rassurant à des usagers ayant peu de repères. Il pourrait être complété par un support papier ou numérique.

Quel sens d’orientation du plan ?

C’est une problématique difficile à gérer pour tout un chacun. Qui ne s’est jamais retrouvé à tourner son plan dans tous les sens pour arriver à déterminer son emplacement et se diriger dans un espace ?

Or, les points de repères réguliers au coeur de la ville ou dans un bâtiment permettent de se situer sur un plan imprimé. Aujourd’hui, seul le numérique avec GPS intégré permet de pallier aux difficultés d’orientation en proposant les deux alternatives.

Source : A Map of The World: The World According to Illustrators and Storytellers

Définir des points de repères faciles à identifier

Les repères facilement identifiables sont indispensables pour se repérer. Immeubles significatifs, monuments historiques, éléments de paysages, escalier monumental… ces repères peuvent être divers. Il s’agit d’un choix d’objets identitaires de la ville ou du bâtiment.
Ces objets vont ainsi permettre à l’utilisateur de s’orienter plus rapidement et facilement.

 Source : Legible London

3. Pour comprendre et lire la légende

 

L’utilisation des couleurs et les contrastes

Donner une information seulement par la couleur exclut une partie des utilisateurs ne pouvant pas distinguer les nuances. Les personnes daltoniennes n’auront donc pas accès à l’information. Cela concerne 8% des hommes et 0,45% des femmes, soit près de 6 millions de Français.

Une carte ou un plan peut être difficilement compréhensible pour certains usagers si l’information ne passe que par la couleur. Il est essentiel que :
• Les contrastes soient forts
• Les informations données par la couleur soient compréhensibles autrement

Exemple d’un carte où l’information n’est transmise que par la couleur, et sur laquelle la légende est détachée du visuel.

Selon son type de daltonisme, l’utilisateur peut voir les couleurs modifiées et perdre des informations lors de la lecture de la carte. (Outil utilisé : www.vischeck.com) Certaines couleurs sont proches voir identiques, il est donc difficiles d’associer un pays à une langue, indiquée dans la légende.

Afin que l’information soit comprise par tous, il est donc préférable d’indiquer les informations directement sur le plan ou d’associer une couleur à un motif.

Exemple d’une carte qui propose une légende de couleur en bas de page et une information écrite directement sur le visuel. Pour l’utilisateur ayant un trouble de la vision, la compréhension des informations est possible et confortable.

 

Les typographies et la taille des caractères

Les personnes âgées ou malvoyantes peuvent avoir des difficultés à lire certaines typographies : trop petites, pas suffisamment contrastées, graphiquement chargées… Pour se repérer rapidement, l’utilisateur doit pouvoir lire l’information facilement.

Ainsi, les typographies avec empattements et éléments décoratifs ne sont pas recommandées. Elles sont sources de confusion et demandent un effort de lecture. De même que des informations écrites en lettres majuscules ou en italique vont être moins lisibles.

 

Une vraie réflexion et un ensemble de critères sont donc à prendre en compte lors de la réalisation d’un plan d’orientation afin que celui-ci soit utilisable par le plus grand nombre. Le plus efficace restant encore de le co-créer avec les usagers !